lundi 4 août 2008

L'oublie du corps

Ce texte est écrit dans le cadre de la Semaine mondiale de l'allaitement maternel.

Savons-nous comment allaiter? Le savons-nous vraiment? Le savons-nous instinctivement? Devrions-nous l'apprendre, comme on apprend à aller à vélo? Si c'est inné, comment se fait-il qu'il y ait tant de femmes qui ne peuvent pas allaiter? Qu'il y a tant de mères qui multiplient les mastites, les engorgements et qui souffrent à donner le sein?
Pendant des générations, l'allaitement était la seule (ou presque) façon de nourrir un nourrisson. Puis est venue l'époque des formules toutes faites qui, disait-on, étaient "bien mieux pour l'enfant". Pendant plusieurs années, le sein ne fut plus la norme. J'ai été bien étonnée d'apprendre que ma grand-mère de 82 ans n'avait allaité que ses premiers enfants. Déjà à l'époque, un médecin ou une belle-mère (j'oublie lequel) lui disait que ça la fatiguerait. Moi, c'est de faire des biberons qui me fatiguerait, mais bon, ça c'est un autre débat.

L'allaitement ayant été remisé au placard (c'est une image... quoi que...), plusieurs femmes de la génération de ma mère (et un peu plus agées) ont choisi d'y aller avec le biberon: normal, c'est ce que LA médecine leur dictait. Leurs filles ont alors fait comme leur mère, c'est du moins le cas des femmes fin-trentaine de mon entourage. Ça fait donc deux générations de mamans non-allaitantes. Je me dis donc qu'il est tout à fait normal que nous ayons oublié comment allaiter. Plusieurs mamans de ma génération n'ont même jamais vu une femme allaiter avant les cinq dernières années. Historiquement, les enseignements en la matière se passaient de mère en fille au fil des générations, comme c'est encore le cas dans certaines cultures.

Je suis encore convaincue que l'allaitement est un geste naturel, qu'il devrait couler de source pour toutes comme ça l'a été pour moi. Comme ce n'est pas toujours le cas, je me demande si socialement nous n'avons pas déprogrammé le corps de la femme à coups de grands changements. Sinon, comment expliquer le fait que plusieurs femmes sont incapables d'allaiter ou du moins ont de grandes difficultés à le faire? J'imagine qu'un geste si naturel s'apprend à même les expériences que nous avons vécues. Pour certaines, le fait de ne pas voir le sein comme un appendice nourricier leur aura créé des images affectant leur psyché, s'imaginant la chose hors norme. Et pourtant! Le fait de ne pas connaître de mère allaitante fait de ce geste une action marginale pour d'autres. Bien que notre société, suite à certaines pressions, fasse désormais une place sur la plus haute marche du podium à l'allaitement, il y en a encore pour penser que ce n'est pas la mère a boire (jeu de mots douteux...). Et surtout, comment expliquer qu'ailleurs dans le monde, dans les sociétés où la femme a toujours allaité, les mères n'ont pas ou peu de problèmes relié à l'allaitement? Serait-ce parce que socialement les femmes s'entraident dans ce domaine, se suportent et s'appuient les unes les autres?

Voilà un sujet bien antrhropologique! Il y aurait de quoi en faire une thèse...

3 commentaires:

Mynaï a dit...

Ta réflexion est super intéressante et tu soulèves d'excellents points... Je le vois comme toi et un peu différemment en même temps... Je me permets d'y aller de mon point de vue juste pour le plaisir de l'échange.

Pour moi la phrase clef est ta dernière. 'Serait-ce parce que socialement les femmes s'entraident dans ce domaine, se suportent et s'appuient les unes les autres?'

Je crois que la réponse est là. Dans les faits, je ne crois pas que les problèmes soient moins fréquents, après tout plusieurs sont d'ordre physiologique, mais remarque que je n'ai jamais investigué de ce côté...

L'expérience et la transmission de cette expérience amène un savoir... C'est là que je me dis que c'est peut-être simplement que les femmes SAVENT... Qu'elles savent que l'allaitement est primordial (surtout en certains contextes particuliers), qu'elles savent qu'au début ce n'est pas facile, qu'on doit se donner des chances, qu'elles savent qu'une femme doit se remettre doucement de la dure épreuve de l'accouchement si ont veut que l'allaitement se passe correctement, qu'elle savent respecter leur corps et leurs limites, qu'elles savent reconnaître les problèmes dès leur plus précoce apparition et ainsi les régler avant qu'ils ne gâchent tout... Et surtout qu'elles savent se transmettre ce précieux savoir entres elles dans l'écoute mutuelle et le respect.

J'ai aussi l'impression que de notre côté on a une vision facile du naturel, c'est naturel donc c'est facile... Ce qui, l'expérience le prouve, pas toujours le cas.

Tu sais ce que je dis à mes amies lorsqu'elles me disent vouloir allaiter? Je leur dis que le premier mois et demi c'est l'enfer, que ça fait mal un peu et beaucoup parfois, qu'elles ne feront rien d'autre, mais qu'après c'est le bonheur... Étrangement ça les encourage plus que ça ne les décourage. Et le pire qui peut arriver c'est qu'elles trouvent ça finalemnt dont facile!

Voilà donc brièvement ma perception des chose, mais comme tu dis, il y aurait vraiment de quoi en faire une thèse!

Véro a dit...

Aïe aïe aïe, comme c'est intéressant. Qu'ajouter de plus sinon que la médecine moderne et la technologie (présentant des avantages infinies et nécessaires dans d'innombrables situations) nous paralysent trop souvent et nous coupent de ce que nous sommes fondamentalement. Oui, je crois qu'on peut déprogrammer le corps humain.

La grossesse et l'allaitement m'ont fait prendre conscience du miracle de la vie et des capacités de mon corps à subvenir aux besoins d'un petit être grandissant par moi et dépendant de moi.

L'expérience et le partage des connaissances, ainsi que la persévérance et la confiance en notre corps sont selon moi la clé de la réussite de l'allaitement.

a dit...

@ Mynaï: Comme tu le dis si bien beaucoup de ces problèmes sont d'ordre psychologique, mais ce qui est étrange c'est qu'il ne se retrouve qu'en (ou presque) occident (c'est un fait). Voilà ce qui a sonné quelques cloches chez moi, me demandant pourquoi en est-ce ainsi, ma conclusion étant qu'ici nous avons oublié comment allaiter, comment le monter aux autres et comment aider. Je ne dis pas que ma conclusion est LA bonne, il y en a sûrement plusieurs, je voulais juste la partager.

Je suis toute à fait d'accord avec toi quand tu dis que les femmes savent, mais j'avais l'immersion qu'elle avait oublié. Qu'en tant que société nous oublions souvent d'écouter notre corps et ce dans plusieurs circonstances. C'est vrai aussi qu'on s'imagine que si c'est naturel ce doit forcément être (plus) facile et pourtant on a qu'à penser à l'accouchement pour ce dire que ça demande beaucoup de préparation et de détermination,. Tout comme avec l'allaitement d'ailleurs!

@ Véro: Comme tu le dis si bine, il ne faut pas mettre de côté la science totalement, je crois fermement que certains cas ont besoin d'une aide médicale pour réussir leur allaitement, mais ce que je reproche au corps médical c'est de rendre le geste "médical" (justement). Je crois comme toi que la clé réside dans la connaissances et la préparation, la motivation et le support des autres.

M'enfin tout ça est vraiment intéressant!

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