jeudi 29 mai 2008

Histoire de mamelles

Lorsque j'étais enceinte, la question ne s'est jamais posée, je ne me suis jamais dit que ce ne serait pas facile ou, pire, impossible. Pour moi (et pour Péha aussi) l'allaitement allait de soi. Je sais que pour une personne de mon âge c'est rare, mais j'ai moi-même été un bébé allaité, et ce pendant un an et demi (ce qui est encore plus rare! Mais avec la mère que j'ai, il n'y a pas de quoi être étonné...) Dans la famille de mon père, mes premières cousines sont nées alors que j'avais  trois ans et demi, et elles aussi ont été allaitées par leur maman et ce malgré les nombreux "c'est pas à la mode", "le lait maternisé est bien plus pratique", "tu as eu une césarienne, t'as pas besoin d'allaiter" et tout le tralala merdique de la sorte. J'ai donc été très tôt en contact avec des mamans allaitantes. À la fin de mon adolescence, j'ai vécu un an, dans le cadre d'un échange culturel, dans une famille vancouvéroise dont la mère était présidente de la section locale de la Ligue la Lèche et qui allaitait son bambin de deux ans, lorsque ce dernier le demandait. Alors pour moi l'allaitement c'était normal; après tout, j'ai deux seins!

Bien sûr, l'allaitement est de nos jours glorifié, vendu et re-re-vendu par tous les groupes de mamans, spécialistes et convaincues... probablement parce que c'est ce qu'il y a de mieux pour la santé du bébé et de la maman et pour créer un fort attachement parental. C'est tellement plus répandu aujourd'hui, tellement fait avec naturel sous le regard de tous par plusieurs mamans, que beaucoup d'entre nous n'ont pas à justifier leur choix comme ont eu à le faire ma mère et mes tantes. Tant mieux!

Mais qu'en est-il de l'allaitement après l'introduction des solides? Après que bébé ait commencé à marcher? À parler? Ou, pire: après qu'il l'âge d'un an???? 

On parle trop peu souvent de l'allaitement maternel après l'âge d'un an, pourtant même Santé Canada le recommande "[...] À partir de l'âge de six mois, on recommande de donner au nourrisson des aliments solides ayant une teneur élevée en nutriments, plus particulièrement en fer, tout en poursuivant l'allaitement maternel jusqu'à l'âge de deux ans et même au-delà." Malgré que le gouvernement soit d'accord, c'est pas ce qui se passe dans la réalité. J'en peux plus d'entendre des "t'allaites encore?", "tu vas allaiter jusqu'à quel âge?", "t'as pas peur qu'il veule plus jamais arrêter?" (je l'imagine à 15 ans expliquer ça à ses potes: "S'cusez, faut que je rentre, c'est l'heure de mon boire"... Juste pour pas à avoir à dire ça, je sais qu'il va arrêter avant) et plein d'autres remarques du genre, généralement débités avec une moue dédaigneuse. Car généralement, ce n'est pas le commentaire lui-même qui est négatif, mais le regard et l'intonation de l'interlocuteur. À force de me le faire demander et de sentir un malaise, je me dis que je ne devrais peut-être plus allaiter en public. Pourtant, là est la beauté de la chose, allaiter quand bon me semble et où j'en ai envie (et surtout quand BoBo le demande). Si je lui donnais un biberon, à un an, est-ce que les gens passeraient un commentaire du genre "il a encore une tétine à cet âge"? Sûrement, car tout le monde à son mot à dire sur la façon d'élever nos enfants. Je dois par contre spécifier que la semaine dernière, la mère d'une amie, une maman dans la quarantaine qui a allaité avec joie ses trois enfants m'a dit : "T'allaites encore? T'es donc bien fine!" C'est une phrase comme ça qui me fait réaliser que pour certains, l'allaitement est aussi la plus belle chose qui soit. C'est encourageant, même si c'est rare.

Je sais pas pourquoi je m'en fais tant, car je suis amplement en mesure de justifier et d'expliquer mon point de vue au premier moron qui osera me dire que je vais pervertir mon fils. Le lait d'une mère qui allaite depuis plus d'un an est plus riche que celui des mamans qui allaitent depuis peu, ce qui est normal car l'enfant dépense plus d'énergie et en a donc un plus grand besoin. Bien évidement, le lait maternel prévient certaines maladies, infections, bactéries (et autres); par contre il est peu connu que lors de la deuxième année de lactation (donc après un an), le facteur immunitaire du lait est augmenté, ce qui le rend encore plus sain. Ce qui est bien chez nous c'est que cette deuxième année correspondra avec l'entrée de fiston à la garderie, mieux connue sous le nom d'incubateurs à microbes. De plus, certaines études prouvent que les enfants allaités ont moins d'allergies, qu'ils sont bien adaptés socialement et qu'il sont plus intelligents (ce qui est évidement le cas du notre!!!). Selon certains chercheurs, un enfant qui est accompagné dans son besoin de dépendance, ici l'allaitement, devient indépendant plus facilement, car il n'aura jamais été forcé à le faire. Finalement, pour la mère, l'allaitement tardif réduit les risques de cancer du sein, de l'utérus, des ovaires et des glandes, tout en contribuant à retarder (ou réduire) l'apparition d'arthrite et d'ostéoporose. Pourtant, ce n'est pas du tout pour cela que j'allaite encore B.: je le fais tout simplement par ce que j'aime ça. J'aime ces moments où on se regarde dans les yeux, lorsque sa bouche cherche mon sein, lorsqu'il me caresse le cou ou l'autre sein, lorsque je le fais sourire ou rire la bouche pleine, lorsqu'on est seuls tout les deux. J'aime devenir la personne la plus importante à ses yeux pour quelques instants et répondre à son besoin de nutrition, mais surtout son besoin d'affection. 

La question demeure, jusqu'à quel âge est-ce que je vais l'allaiter?... Eh bien j'aimerais le faire jusqu'à ce qu'il n'en ressente plus le besoin. N'est-ce pas le plus beau cadeau que de lui offrir ce qu'il demande, ce qui le réconforte, le calme et l'apaise? Je sens déjà les sling-shots s'étirer pour me lancer la première pierre et celles qui suivent: je dis ici ce que moi je veux faire, mais je ne juge aucunement les mères qui décident de faire autrement, bien au contraire. Je crois que l'allaitement tardif est parfois mal vu, car on l'associe trop souvent à une mère qui ne veut pas voir grandir son enfant; mais pour moi, c'est pourtant tout le contraire. J'essaie de le laisser devenir un petit bonhomme au rythme qui lui convient, en respectant ses besoins et ses désirs et en les placant au-devant des miens. J'aimerais pouvoir amener Bobo à se sevrer par lui même, à réduire sa consommation de lait maternel graduellement, mais il en sera peut-être autrement: il se pourrait que du jour au lendemain il n'en veuille plus. Si tel est le cas, lui seul en décidera ainsi.

Pour le moment, il arrive que je saute des boires pour voir comment il réagit: parfois, il ne se passe rien, et d'autres fois, il demande le sein. Je me laisse ainsi guider par ses instincts. 

L'allaitement étant un sujet qui me tient particulièrement à coeur, je jongle avec ce texte depuis des semaines, j'en écrit des petits bouts par-ci par-là, j'y reviens, je le change et je trouve qu'il ne répond jamais aux attentes que je me suis fixées. J'ai quand même décidé de le publier, histoire de faire un premier pas. Voici deux autres textes, tirés de deux différents blogues (en anglais par contre), qui portent aussi sur l'allaitement des bambins: Extended Breastfeeding Fact et un merveilleux texte de The Human Pacifier

9 commentaires:

Mynaï a dit...

Wow! Tu m'enlèves les mots de la bouche (du clavier m'enfin)... Ça fait quelques semaines que je mijote un billet sur l'allaitemet passé un an, mais là, quoi ajouter?

Je suis l'aînée de trois enfants, et nous avons tous trois été allaités, jusqu'à un an. Pour moi ça venait tout naturellement... je ne me suis posé aucune question, jusqu'à un an! Lorsque mon fils a soufflé sa première bougie sont apparues les interrogations, "et maintenant tu arrêtes quand?" pour la première fois, je suis devenue moins confiante de mes choix... J'ai pensé sevrer mon fils, mais il n'est visiblement pas prêt. Je crois que je lui ferais un grand tort si je me mettais à lui refuser ce dont il a encore tant besoin et à moi aussi... je serais très peinée de mettre un terme à cette belle relation pour des considérations extérieures. J'ai lu, je suis allé cherché (le peu) d'information existante sur la question, puis j'ai finalement décidé de poursuivre au moins jusqu'à 2 ans. Et si entre temps mon fils se sent prêt à arrêter de lui même hé bien nous arrêterons. En attendant on en profite. Il vas avoir 14 mois et il boit encore plusieurs fois par jour et parfois la nuit augmentant et diminuant sa consommation de la façon dont il le sent, pouvant s'en passer sur une période relativement longue si je ne suis pas là. Parfois je l'amène à patienter pour sa tété lorsque nous sommes à l'extérieur... autant au début je me sortais le sein à tous vents autant, maintenant je suis parfois craintive de l'allaiter en public, le regard des autres est parfois tellement lourd. Je crois par contre que c'est correct rendu à ce stade de lui faire voir mes limites, d'instaurer un respect mutel de nos besoins. Lentement nous nous mettons au diapason d'un rythme qui nous convient à tous les deux. J'amène mon fils sur le chemin de son autonomie et j'espère arriver à lui laisser décider du moment où il me lâchera la main.

Merci de ce billet, c'est toujours rassurant de voir qu'on n'est pas la seule. Puis c'est à force d'en parler, qu'on fera tomber les tabous.

Ysa_la_tite_mere a dit...

J'allais écrire à peu près la même chose que Mynaï! Moi aussi j'ai un billet sur l'allaitement au bout des doigts depuis plusieurs semaines, mais je ne savais pas trop comment le tourner, vu les réactions qui viennent souvent de la part de mamans qui n'allaitent pas et se sentent facilement persécutées sur cette question. Parce que contrairement à ce que j'entends tout le temps, il est clair que nous ne sommes pas du tout, mais alors là pas du tout, dans une culture d'allaitement. Oui, en théorie, dans le Mieux-Vivre et tout on dit que c'est ce qu'il y a de mieux, mais ça s'arrête là, les gestes ne suivent pas les mots. Il y a encore des préjugés gros comme le bras. Il n'y a pas d'aide adéquate en milieu hospitalier. Pire, au CHUL 70% des bébés sont complémentés, la plupart sans aucune raison ce qui peut ruiner complètement un allaitement. Moi, ça me met les nerfs en boule. Ensuite, il y a les commentaires imbéciles des doc qui n'ont jamais eu l'ombre d'un cours "allaitement 101" dans leur belle fac. de médecine, genre: Allaite pas, faut que tu te reposes (super reposant préparer des bib!); Ton lait est trop riche, trop pauvre, trop ci, trop ça. Et ensuite, et c'est la le contenu de ton texte, ce sont tous les commentaires sur l'allaitement passé 1 an. Moi, je me fais un point d'honneur d'allaiter en public le plus souvent possible. C'est mon combat!
Je ne me suis jamais posée la question de la durée de mes allaitements. Mon fils s'est sevré à 10 mois et ça a été un deuil pour moi. Ma fille boit encore aux 3h jour et nuit à presque 14 mois. Et c'est toujours beau et bon et doux. Bientôt, en combinant mes 2 allaitements, ça va faire 2 ans que j'allaite envers et contre tout et tous. J'en suis très fière.

Anonyme a dit...

Merci pour ce billet!

Nathalie a dit...

Ah les préjugés... je rêve d'un monde ou on allaiterait ou non sans question. Juste vivre et laisser vivre.

C'est drôle parce que moi avec mon tit pou de 3 semaines je ressens la pression inverse, si j'allaitais pas alors ou la la, mais en même temps on me demande déjà "pis tu vas allaiter jusqu'à quand?". J'aime répondre "On devrait avoir arrêter avant qu'il ait sa première blonde".

MA a dit...

Merci pour le billet.
Quelques pensées toutes mélangées sur le sujet mais les voici pareil:
Moi aussi j'allaite... encore! Peu de gens autour le réalisent par contre. Puisque mademoiselle va à la garderie depuis plus de 6 mois, elle a perdu l'habitude de teter durant la journée... Le matin, le soir et la sieste la fin de semaine... Et puis beaucoup de gens prennent juste pour acquis que je travaille et ne pompe pas, donc elle n'est plus allaitée surtout à l'âge vénérable de 18 mois et une bouche pleine de dents! Moi ça m'attriste, j'aimerais bien des fois faire ma fine, briser les tabous, éduquer et allaiter ma bambine en public, mais ça ne l'intéresse plus à part aux moments habituels.
Comme tu l'as dit avantage certain d'allaiter "encore": même avec tous les microbes qu'elle attrape des autres enfants, elle n'est presque jamais malade plus que 2 jours. Tousse-tousse deux fois et c'est fini. Et puis la fois qu'elle a eu la gastro, au moins elle ne s'est pas déshydraté.
Dans mon cas ça n'a pas été facile non plus de faire accepter à certains (je dis certains, mais, vraiment c'était surtout certaines...) collègues que je ne pouvais pas faire un voyage relié au travail parce que j'avais besoin d'allaiter mon bébé de 15 mois au dodo. Je dirais que malheureusement, certaines femmes le prennent aussi comme une critique des choix maternels qu'elles ont fait...
Faut voir son grand sourire le soir quand on lui met son pyjama et qu'elle commence à demander "teter" de sa petite voix, anticipant notre beau moment avant de s'endormir.

Joa a dit...

Moi aussi je voulais écrire sur mon allaitement, mais je ne trouve jamais le temps... J'ai bien envie d'y remédier!

Ça a commencé quand Belle Beauté a eu 6 mois et ça s'amplifie maintenant que j'ai passé ce cap. «T'allaites ENCORE?» On écoeure pas les moutons à ce que je sache sur leur durée d'allaitement alors pourquoi nous?

Véro a dit...

Quel billet, tu as vraiment une belle plume! On voit que ça a été réfléchi longuement, et que ça vient du fond du coeur.

Je trouve tellement qu'on ne devrait pas avoir à justifier un geste si pur et si naturellement... naturel. Devrait-on vraiment se poser mille questions sur ce qui est acceptable aux yeux de tout un chacun, alors qu'allaiter un enfant est ce dont il a tellement besoin.

Parlons-en, ça finira bien par faire son ptit bout d'chemin!

a dit...

Que de réactions! J'aurais dû m'en douter, car si ce sujet soulève bien des passions près de moi, il doit en être de même dans la vie des autres "allaiteuses".

Mynaï et Ysa: Est-ce parce qu'on a enfanté dans la même semaine que nous pensons à parler du même sujet au même moment?!! Plus sérieusement, malgré ce que je dis, j'allaite toujours B. où bon lui semble: avant-hier c'était dans un bar, un parc et devant des amis. Les commentaires négatifs sont rares, mais tout de même blessants. Contrairement à Ysa, je n'ai jamais senti de pression du monde hospitalier pour ne pas allaiter. Il est vrai que je n'ai eu aucune difficulté, donc je n'ai pas eu à me battre contre leurs moulins. Il est aussi vrai que j'étais vendue d'avance et que de toute façon je suis bien trop paresseuse pour préparer, laver, stériliser des biberons, surtout la nuit.

Nathalie: attention, de nos jours ils font ça tôt les enfants!

MA: ce qui me frappe (en m'attriste) le plus dans ton commentaire (et que j'ai aussi remaqué) c'est que ce sont surtout les femmes qui jugent l'allaitement des autres. Les hommes eux s'en foutent, au pire ils yeutent dans le soutif. Pourquoi nous sentons-nous toutes blessées par la maternité des autres? Je n'aurais jamais cru que c'était si compétitif.

Joa: mais on ne sait pas ce que les moutonnes se disent entre elles.

Véro: tout à fait d'accord, c'est en parlant d'un sujet qu'on le démystifie et qu'on découvre qu'au fond, il y plein de monde qui pensent comme nous.

À toutes, bonne chance dans votre allaitement. Nos mères ont peut-être brûlé leurs brassières, nous, ont les ouvre à tous vents. Voilà mon combat (comme le disait Ysa)!

Marie-Hélène a dit...

Woot! Continues! J'ai allaiter mes deux plus vieux jusqu'à deux ans et je compte bien le faire avec la dernière. Bravo!

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