dimanche 18 février 2007

Grossesse sympathique


Que voilà un joli terme pour expliquer une prise de poids subite pendant que notre enfant est au four dans la bédaine de ma Wi... En plus, ça exprime comment je perçois cette période où je suis impliqué sans avoir de contrôle dans un processus tellement grandiose et puissant et lent et silencieux à la fois...

[Sympathique: de sympathie, qui vient du grec sumpatheia, qui signifie conformité de sentiments (sun = avec - pathos = sentiment, affection)]

Dans notre culture - et même dans la nature... - la grossesse est une affaire de femme. Comme ces déesses de la fertilité aux formes voluptueueses et généreuses sculptées par les poilus de la préhistoire, la femme enceinte est objet de culte, et a par le fait même droit à des attentions délicates et d'enveloppantes douceurs. Et c'est avec raison qu'on agit ainsi: d'abord, une femme enceinte, c'est beau, plastiquement parlant; et puis une femme enceinte, c'est un miracle de 9 mois (après tout, elle fabrique un bébé! C'est pas rien, comme qu'on dit...).

Le papa reste généralement un peu en retrait, laissant sa douce amoureuse passer devant, sous les projecteurs de l'attention de tous. Détrompez-vous, je ne suis pas jaloux de ma blonde (du moins pas du fait qu'elle doive répondre de sa santé devant toutes sortes de gens et qu'on en fasse un sujet de conversation continuel). Les autres papas comprendront: on devient un peu au service de la Matrice. Face à l'impuissance ressentie devant ce processus qui se déroule alors que notre travail est fait depuis longtemps, on se trouve du pouvoir là où on le peut: dans la chaleur du foyer.

Dans mon cas, ça a fait de moi le cook de la maisonnée: du déjeuner aux lunchs en passant par les soupers et les séances de cuisine qui commencent à 9h le soir...
Les travaux physiques: moi.
Le pelletage: moi (et Marc...).
La litière: moi.
Les commissions: moi (magasinage=elle, tout de même).
Les poubelles: moi.

Donner la vie: elle.

Ça me semble juste.

vendredi 16 février 2007

Bien commun

Qu'est-ce qui donne le droit aux gens de toucher le ventre d'une femme enceinte, de lui dire comment se comporter, quoi manger, quoi faire et quoi devenir? Le bien-être des petits? Depuis bientôt sept mois, je suis devenue une propriété publique! Tout le monde me touche le ventre, y paraît que ça attire les mains comme des aimants, que c'est envoûtant un ventre rond! Généralement le monde le demande avant, ou s'excuse après coup. Mais dernièrement y'a un parfait inconnu bedonnant (au petit bar du coin.....non je n’ai pas pris d'alcool, de toute façon je n’aurais pas pu tous les yeux du bar étaient rivés sur moi pour voir ce que j'allais commander) qui s'est approché de moi, m'a flatté la bedaine en me disant bonjour et est reparti. Non mais y'a tout de même des limites! J'avais vraiment le goût de lui rendre la pareille et de lui flatter le ventre à mon tour mais, abasourdie, j'ai rien fait.

Et puis y'a la fois où je me suis fait engeuler par une collègue de travail parce que je buvais un café et qu'une femme enceinte ne peut pas se permettre une telle chose. Pourtant selon les médecins, je peux me permettre une tasse de café par jour. Ce qui est frustrant dans tout ça c'est que je fais vraiment attention. Je suis rendue à un café aux trois jours, moi qui le prenais par intraveineuse avant de m'inséminer une crevette dans le bedon. Je surveill tout ce que je mange, je ne fume pas, je ne me drogue pas, je bois pas, j'ai éliminé les sushi (snif!) de mon alimentation de même que les charcuteries (re-snif) et les fromages au lait cru (re-re-snif!). Tout ça pour rien car, les propos de ma collègue m'ont rentré dedans comme si je me les étais shooté dans les veines. J'ai l'impression d'être la pire future mère de millénaire et tout ça à cause d'une histoire de Java!

Et puis y'a tous ces regards quand tu acceptes de boire deux gorgées de vins dans un souper vins et fromages (torture pure et simple!). Et y'a aussi les jugements que moi-même je porte face à cette amie enceinte qui bois une bière .5 dans le temps des fêtes et cette autre future maman un verre de rouge à la main... et si c'était son premier verre en six mois? Est-ce vraiment de mes affaires et puis est-ce vraiment si pire que ça? S'il y avait abus, je ne dis pas, mais toutes les bedaines gestatives que je connais font tout pour offrir le meilleur à leur crevette à elles. Alors un peu de répit!

Est-ce que ce sera la même chose lorsque Crevette sera là? Est ce que tout le monde va me dire quoi faire et comment le faire? Selon ma mère, il s'emblerait que oui! Merde, dans quoi est-ce que je me suis embarquer? Au Québec, un enfant appartient à tout le monde, son bonheur est l'affaire de tous. Et puis comme le dit un proverbe africain: "Il faut tout un village pour élever un enfant". Dans le fond c'est bien, ça veut dire que je vais pouvoir me fier sur des millénaires de connaissances pour élever mon enfant. Mon petit bout sera donc ouvert aux autres, au monde qui l'entoure, ce qui fera de lui un être curieux, aimant et altruiste. On verra bien! Et puis avec tout un village, c'est aussi de dizaines de mains pour changer les couches au milieu de la nuit, faut voir le bon côté des choses!

Mais que je ne voie pas un seul connard venir me tâter les nichons allaitants. J'ai tout de même certaines limites.

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