mercredi 20 décembre 2006

Femme ou Matrice?

C'est un réel bonheur d'être enceinte, de sentir un petit être germer en moi. Chacun de ses coups de pied (ou de poing) me fait vibrer et réaliser que quelqu'un se développe en moi. Chacune de ses période de hoquets me connecte à ma crevette, me permettant de développer du même coup, l'amour que j'éprouve pour elle.

Pourtant ma bedaine me fait aussi me questionner sur l'avenir de notre société, mais principalement sur MON avenir. La grossesse devait être le début de quelque chose de grand et de beau, mais est-ce possible qu'elle soit aussi la fin de certains idéaux (et je ne parle pas ici de vie de jeunesse ou d'intimité de couple)? C'est comme si je réalisais finalement que cet enfantement m'empêcherait peut-être de mener à bien certains de mes rêves, que ce bébé pourrait être un frein à mon épanouissement personnel. C'est grave ce que je dis. Ce petit être bloquerait mes aspirations par sa simple présence, mais aussi par les barrières que je metterais moi même sur ma route afin d'être une bonne mère et puis les barrières que la société m'imposerait.

Je sais plus qui à dit que "Le féminisme s'arrête là ou la maternité commence" mais il y a des jours ou j'y crois plus que d'autres. Je lisais ce matin un blogue de Cristy, une autralienne (présentement enceinte) que j'ai rencontrée au Laos, et je me disais qu'elle avait raison, que moi aussi j'étais tiraillée entre l'idée (merveilleuse) d'être mère et l'implication sociale que ça demandait.

Il y'a cinq mois, j'ai offert mon corps à une crevette en ne sachant pas ce que ça me demanderait; nausées, fatigue, inquiétudes, maux de ventre, vergetures, l'impression de ne plus être maître de son corps, lourdeurs, insomnie, manque d'appétit et j'en passe. L'expérience est un véhicule qui me fait grandir, qui me fait découvrir une autre facette de ma féminité (celle qui me permet d'enfanter), mais qui me fait aussi réfléchir sur les implications qu'une telle décision aura sur ma vie.

J'aurais voulu faire une maîtrise, peut-être même un doctorat un jour, mais est-ce que ce sera possible en ayant une bouche de plus à nourir, alors que ma priorité ne sera plus mon développement personnel, mais celui d'un autre être humain? J'aurais aimé participer à d'autres programmes d'échanges internationaux et ça, je dois mettre une croix dessus. J'aurais voulu aller travailler à l'étranger, mais vais-je oser emmener un petit boutte à l'autre bout du monde, dans des conditions sanitaires pas toujours adéquates? J'aurais voulu poursuivre dans la voie du développement international, mais est-ce que ce manque de stabilité marquera ma crevette? Mon envie d'être mère ne s'est jamais embarassé de ces questions, et maintenant qu'il est trop tard pour faire marche arrière (et que j'en ai pas envie), je me demande ce que ce choix signifie vraiment.

Je ne fais pas un enfant pour le faire élever par d'autres. Je voudrais pouvoir passer le plus de temps possible avec lui, oublier les garderies et rester avec le plus longtemps possible, mais je ne veux certainement pas que mon rôle dans la société se réduise à celui d'être mère. Je me compllexifie l'existence avec tous ces questionements... et je ne peux imaginer les questions que je me poserais si je n'étais pas née dans une province qui me permet un des meilleurs congé parental qui soit. J'entrevois cette année de maternité passée avec mon poupon comme une chance inouie d'apprendre et de s'apprivoiser.

L'implication que cette grossesse à sur moi me fait découvrir que ma réalité féminine est encore bien différente de celle des hommes. C'est moi qui vit tous les changements pas mon chum (pourtant il le voudrait bien)! C'est encore trop souvent les mères qu'on voit dans les urgences parce que bébé ne va pas bien, les mères qui manquent des journées de travail parce que la gardienne est malade, les mères qui se font critiquer parce qu'elles n'allaitent plus (c'est vrai que les pères peuvent difficilement le faire, mais il reste que ce devrait être une décision de couple que les gars, par peur d'imposer leur vision, laisse à leur blonde), les mères qui subissent les jugements d'autrui (surtout des autres mères) parce qu'elles retournent trop tôt, ou trop tard, ou pas du tout, au boulot...

La maternité est encore trop souvent une histoire de fille et non une histoire de couple. Moi, j'ai de la chance, mon Péha est là, à toutes les étapes et désire même partager une partie du congé parental... Mais est-ce que j'aurai le coeur de laisser Crevette seule à la maison avec papa?

mardi 5 décembre 2006

Dans quoi est ce que je me suis embarquée?

Je suis réellement heureuse d'être enceinte. Je me sens bien, on dit même que je rayonne, mais en même temps j'ai tellement peur...

J'ai peur que cette crevette ne m'aime pas, qu'elle ne soit pas heureuse de tomber sur moi.
J'ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir quoi faire.
J'ai peur de ne pas être une bonne mère. C'est si exigeant, si engageant comme rôle! Et si je n'y arrivais pas? Si je n'étais pas capable d'assumer mon rôle? Qu'est ce qu'on fait dans ces moments-là? Y'a plus de retour en arrière, plus de pensez y bien. Y'a juste un immense trou rempli de doutes devant moi, un trou dans lequel je tombe à une vitesse inouie. Un trou si grand qu'il m'aspire et aspire toutes mes angoises en même temps. Un trou qui parfois est si chaud, si enveloppant que je rêve d'y rester longtemps, mais aussi un trou que je ne connais pas du tout et qui me fout la frousse à un point tel que j'essaie toujours de reperer la sortie.

J'ai peur de l'accouchement et de ses douleurs.
J'ai peur de ne pas être capable de dire non à l'épidurale, de ne pas vivre mon accouchement le plus naturellement possible (comme j'aimerais pouvoir le faire). J'aimerais tellement que mon accouchement soit comme je l'imagine, mais rien n'est aussi irréaliste. J'ai peur de me laisser aller, que Péha et le personnel médical me voient sous mon pire jour. J'ai peur de hurler, de me plaindre, d'être horible et méchante, de regretter mes choix, mais surtout de ne pas être capable de vraiment vivre ce moment. J'ai peur que Péha soit à l'extérieur de la ville, j'ai peur de vivre ça seule. J'ai peur!

J'écoute l'annonce l'hôpital pour enfants des Shriners et j'ai peur que ma crevette ait des malformations, des maladies, ou pire, qu'elle meure ausitot qu'elle verra le jour. J'ai peur de ne pas survivre à cette horreur. J'ai peur que son petit corps ne soit pas parfait. J'ai peur de découvrir que si je n'avais pas mangé ou bu telle chose, elle serait mieux. J'ai peur de m'en vouloir pour le restant de mes jours.

J'ai peur de la vie qui s'offre à mon enfant, du monde dans lequel je vais devoir l'élever, de la société dans laquelle il va évoluer. J'ai peur que l'état de la planète se détériore tellement qu'elle ne pourra pas suporter le poids de l'humanité et que crevette ne pourra pas connaître toutes les merveilles que moi j'ai connues. J'ai peur que le monde vire fou, que l'égalité entre les gens ne soit plus une priorité, que l'accès à l'éducation soit ardu, que la guerre éclate, que la famine règne, qu'il y ait des cataclysmes....

J'ai peur de manquer d'argent.

J'ai peur que moi et Péha ça ne soit pas réellement pour toujours et que mon enfant ait à subir la séparation de ses parents. Les miens sont toujours ensemble et il est important pour moi que crevette ait ce modèle de couple solide. Qu'elle puisse compter sur ses deux parents en tout temps. Qu'elle puisse croire en l'amour et en sa longévité. Qu'elle puisse voir ses parents évoluer ensemble.

J'ai peur de ne pas l'aimer assez, que mon coeur ne soit pas assez grand pour tout contenir et pourtant je l'aime déjà. J'ai eu des saignements cette semaine (rien de grave.... en fait rien en lien avec le bébé) et j'ai eu si peur que cette aventure s'arrête ici, que ma crevette disparaisse sans que j'aie eu la chance de la connaître, de la voir sourire, rire, grandir, courir, aller à l'école, découvrir la vie et tomber en amour. J'ai senti mon coeur se réchauffer, s'emplir d'un amour autre que ceux que j'ai connus jusqu'à ce jour et me dicter une marche à suivre. C'est pas facile de se calmer quand on ne contrôle pas les événements, ni son corps, ni sa tête, ni son coeur. J'ai peur de trop l'aimer, de la couver, de l'empêcher de vivre, d'être une mère poule. Et puis j'ai peur du contraire, c'est à dire d'être une mère absente, froide, indépendante et égoïste.

J'ai peur de ne pas avoir assez peur.

J'ai peur d'avoir trop peur.

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